Interview d'Inès Colin de Verdière
Publié le 26/05/2026
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Française, ancienne élève des lycées français de Madrid et Louis-Massignon à Abou Dhabi (promotion 1990), Inès Colin de Verdière est aujourd’hui directrice marketing chez AkzoNobel Decorative Paints France. Elle revient sur l’impact d’une scolarité multiculturelle au sein du réseau AEFE.
Quels bénéfices vous a apporté cette éducation multiculturelle et comment vous a-t-elle aidé dans votre carrière ou votre vie quotidienne ?
Je mesure chaque jour la chance d’avoir grandi dans un environnement qui m’a permis de naviguer entre plusieurs cultures et de m’en imprégner profondément. Cette éducation m’a offert la possibilité d’apprendre des langues étrangères dès mon plus jeune âge, ouvrant ainsi les portes de groupes internationaux et facilitant les mobilités internes au sein des entreprises.
Lors des concours des grandes écoles de commerce, mon niveau de langues et mon ouverture sur le monde m’ont distinguée des autres candidats, fait gagner des points précieux lors des épreuves orales et permis d’intégrer l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris.
Très tôt dans ma vie professionnelle, je suis partie au Canada, où je me suis intégrée facilement à des équipes internationales. Les déménagements réguliers et les changements de pays durant mon enfance m’ont également donné le goût du changement et m’ont encouragée à prendre des risques.
Si vous deviez choisir un projet ou une méthode de travail apprise au lycée qui vous a permis de surmonter vos plus grands défis dans vos études ou professionnellement, ce serait lequel ?
Pendant mes années de lycée, j’ai complété certains enseignements reçus en classe par des options suivies en soutien avec le CNED, notamment en langue approfondie (espagnol). Cette modalité d’apprentissage complémentaire m’a permis de développer une grande autonomie, ainsi qu’un sens de la planification et de l’anticipation, qui se sont révélés très utiles pour la suite de mes études supérieures.
Lors de mon année de seconde, en 1988, nous avons travaillé pendant plusieurs mois en groupe sur un projet consacré aux élections américaines à venir (qui ont vu la victoire de George H. W. Bush), en croisant plusieurs matières : langues, histoire, arts. L’objectif était de sortir de la logique « une matière = une note » et de mieux comprendre les liens entre les disciplines, afin de développer une pensée plus globale.
Nous avions réalisé une synthèse très visuelle de nos recherches et organisé une soirée électorale mémorable. Cela reste, encore aujourd’hui, un excellent souvenir. Avec le recul, cette approche pédagogique – qui s’est largement développée depuis – me semble être une excellente manière d’aborder des sujets complexes, en croisant les regards et les savoirs.
On dit souvent que la communauté des lycées français est une grande famille. Comment ce réseau (amis, profs, anciens) vous a-t-il soutenue dans vos projets ou vos déplacements à l'étranger ?
J’ai effectué toute ma scolarité au collège et au lycée au sein d’établissements français à l’étranger, où j’ai vécu toute mon adolescence. Cette expérience m’a permis de nouer des amitiés fortes qui m’accompagnent encore aujourd’hui. Mes amis les plus proches viennent de cette période. Nous nous considérons, par exemple, comme des « Français de Madrid » ou des « Français des Émirats », tant ces expériences ont été marquantes.
Au fil de ma vie professionnelle, j’ai eu l’occasion de croiser des anciens élèves d’autres lycées français. Cette expérience partagée a souvent créé un lien immédiat, une forme de reconnaissance mutuelle.
Une scolarité dans un lycée français à l’étranger est la garantie d’un excellent niveau académique.
Quel est le souvenir le plus marquant ou l'activité extra-scolaire qui vous a fait dire : « Je suis fière d'avoir étudié ici » ?
J’ai eu la chance de suivre des cours d’arabe au lycée Louis-Massignon d’Abou Dhabi. J’ai adoré découvrir cette langue que je n’aurais sans doute pas étudiée dans un cursus scolaire classique en France. Ce n’était pas facile, nous avions un enseignant strict et étions assez turbulents mais petit à petit la capacité de parvenir à déchiffrer et à prononcer correctement une langue difficile a été une source de fierté pour tous les élèves.
La langue est une véritable porte d’entrée dans la culture d’un pays, d’un peuple : elle permet de créer un lien bien plus profond qu’un échange dans une langue « valise » comme l’anglais. Elle offre aussi la possibilité de se forger sa propre opinion, au-delà des clichés. Le simple fait de pouvoir échanger quelques mots dans la langue de l’autre ouvre souvent des portes insoupçonnées.
Si vous aviez face à vous des parents qui hésitent encore, quel message leur adresseriez-vous sur l'impact à long terme de ce cursus pour leur enfant ?
Je leur dirais qu’une scolarité dans un lycée français à l’étranger est d’abord la garantie d’un excellent niveau académique. J’en ai pris pleinement conscience en rentrant en France en terminale, dans un très bon lycée où j’ai pu m’intégrer très facilement. Cette expérience permet de rester dans le système scolaire français tout en voyageant, ce qui laisse la porte ouverte à un retour simple et fluide si nécessaire. Ce n’est pas le cas dans de nombreux autres systèmes éducatifs, qui ne proposent pas cette continuité. La plupart des lycées français à l’étranger offrent par ailleurs la possibilité de préparer des doubles diplômes grâce à des enseignements renforcés dans certaines matières, ce qui ouvre de nombreuses opportunités aux élèves pour la poursuite de leurs études supérieures.
Enfin, une scolarité « française » n’empêche aucunement de profiter pleinement du pays d’accueil, une grande part des élèves étant des locaux, on ne reste pas isolés au sein d’une « communauté française », la cour de récréation prenant toute sa place dans l’apprentissage de la vie locale…