Interview de Sanskriti Sachdev
Publié le 15/05/2026
Lecture : 5 minutes
Quels bénéfices vous a apporté cette éducation multiculturelle et comment vous a-t-elle aidée dans votre carrière ou votre vie quotidienne ?
Sans exagérer, cette scolarité au lycée français a radicalement changé ma vie. Jusqu’ici j'avais une scolarité indienne classique. Et quand je suis arrivée dans le système français, c’était bien différent. Nous étions dans des petites classes de six ou sept élèves, c'était un vrai changement. La plupart du temps, on n'avait pas de manuel, c'était juste de la discussion permettant de développer une liberté d'échange, un esprit critique. Mes professeurs étaient des personnes extrêmement formées mais aussi extrêmement passionnées par ce qu'elles faisaient. Avant d’arriver au lycée français, j'étais une personne timide, mais en fait, cela t'oblige à t'ouvrir. Du jour au lendemain, je suis devenue une adulte. J'ai appris plein de langues là-bas : le français, l’espagnol et l’italien. Je parlais déjà l’anglais de ma scolarité d’avant mais aussi l’hindi et le pendjabi. J'ai donc aujourd’hui beaucoup plus d'ouverture d'esprit et de facilité avec les langues.
Si vous deviez choisir un projet ou une méthode de travail apprise au lycée qui vous a permis de surmonter vos plus grands défis à l'université ou en entreprise, ce serait lequel ?
Ce qui m’a le plus servi, c’est le rapport à l’autorité que j’ai appris au lycée. Dans ma culture, tu ne pouvais pas questionner l'autorité : tu ne peux pas poser des questions en cours, donner ton opinion ou parfois dire à ton professeur que tu n’es pas d'accord avec lui. C'est des choses qui, pour moi, étaient non envisageables. Mais j'ai appris tout ça au lycée français. Il s’agit de savoir-faire et de savoir-être dans le sens que, nos professeurs sont là pour nous enseigner, mais cela veut aussi dire poser toutes ses questions, les questionner sur leur savoir, ce qui n'est pas forcément un manque de respect. C'est un savoir-être qui est très utile dans les relations en général. Au lycée, il y avait vraiment une approche d’égal à égal avec les professeurs.
Cette scolarité au lycée français a changé ma vie !
On dit souvent que la communauté des lycées français est une grande famille. Comment ce réseau (amis, profs, anciens) vous a-t-il soutenu dans vos projets ou vos déplacements à l'étranger ?
Je pense tout de suite à monsieur Stéphane Madrias, mon proviseur qui a été très marquant dans mon parcours et qui m'a toujours soutenue. Il y a aussi madame Cécile Hoorelbeke, c’était ma professeure de SES en première, qui est aujourd’hui directrice de l’Alliance française à Colombo. C’est elle qui m’a amenée à poursuivre mes études en sciences sociales. En classe de troisième, je venais d’arriver et j'étais donc dans une classe spéciale, des gens qui ne parlaient pas français. Je faisais pratiquement que du français toute la semaine. Je n’ai donc pas pu suivre de cours de SES en classe de seconde. Arrivée en première, je n’avais donc aucune base en SES que les autres avaient. Mais cette professeure m'a transmis l’intérêt pour la sociologie et les sciences économiques. Et je suis toujours en contact avec elle.
Quel est le souvenir le plus marquant ou l'activité extra-scolaire qui vous a fait dire : « Je suis fière d'avoir étudié ici » ?
J’ai beaucoup de souvenirs, mais je me rappelle d’un voyage à Paris qui m’a particulièrement marquée. Nous sommes partis deux semaines en échange avec le lycée Louis-le-Grand de Paris. C'était la première fois que je venais en France. Il y a d’abord eu toute une phase de préparation du voyage avec nos professeurs de français et d’histoire-géographie. Ce voyage a marqué le début de mon amour pour la France et pour Paris.
On a aussi participé à une conférence à Abu Dhabi à l’époque. Cet évènement, pour moi, résume très bien l'ADN de l’AEFE. Tu retrouves des camarades qui viennent d’un peu partout et qui sont tous réunis au même endroit pour un événement. C’est vraiment une oasis des différentes nationalités, des différents parcours, de différents milieux.
Si vous aviez face à vous des parents qui hésitent encore, quel message leur adresseriez-vous sur l'impact à long terme de ce cursus pour leur enfant ?
Tout d’abord, c'est une ouverture vers le monde. C’est avant tout cela que j’ai retenu de mon parcours dans le réseau de l’AEFE. Par rapport au milieu d’où je venais, cela m'a vraiment ouvert les portes vers le monde. Cette scolarité permet aussi de forger un esprit critique. On devient des « citoyens du monde » parce que c'est des petites oasis où tout le monde vient de partout dans le monde. Cela t’apprend à être tolérant, à apprendre, à être curieux. Tu te nourris des autres au travers des cultures des uns et des autres.