Interview d'Éric Griffon du Bellay
Publié le 08/07/2026
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Français, ancien élève du lycée français de Madrid, Éric Griffon du Bellay est aujourd’hui réalisateur et responsable du Spanish Film Club pour Pragda, une entreprise américaine spécialisée dans la distribution de films espagnols et latino-américains à des fins éducatives. Il revient sur ce que le réseau AEFE lui a apporté dans son parcours.
Quels bénéfices vous a apporté cette éducation multiculturelle et comment vous a-t-elle aidé dans votre carrière ou votre vie quotidienne ?
J’ai eu la chance de grandir dans une famille où mon père était expatrié, d’abord en Argentine puis en Espagne. Le fait d’avoir appris l’espagnol très tôt m’a accompagné tout au long de ma vie, aussi bien dans mes études après le baccalauréat que lors de mes expériences à l’étranger, notamment aux États-Unis, où la communauté hispanique occupe une place importante. Au-delà de la langue elle-même, je crois que cette expérience m’a surtout apporté une ouverture sur le monde et une plus grande facilité à aller vers les autres. Elle m’a appris à m’adapter à des contextes, des cultures et des milieux très différents. Elle m’a également sensibilisé au respect des différences et à l’importance de ne pas juger trop rapidement une personne qui réagit ou pense autrement que moi.
Si vous deviez choisir un projet ou une méthode de travail apprise au lycée qui vous a permis de surmonter vos plus grands défis dans vos études supérieures et/ou dans votre vie professionnelle, quel serait-il ?
Je pense que le théâtre au lycée est l’activité qui m’a sans doute le plus aidé par la suite, aussi bien dans mes études supérieures que dans ma vie professionnelle. Il m’a apporté de la confiance, une capacité à m’exprimer, mais aussi une certaine liberté. Je crois également que lorsqu’un professeur transmet une passion qui dépasse un peu le cadre scolaire, cela peut avoir un impact très profond. J’ai eu la chance d’avoir une enseignante passionnée de cinéma, notamment de cinéma espagnol, et cette ouverture a nourri ma curiosité.
Grandir dans un environnement international permet aux enfants d’être très tôt confrontés à d’autres cultures, d’autres habitudes et d’autres façons de voir le monde.
On dit souvent que la communauté des lycées français est une grande famille. Comment ce réseau (amis, profs, anciens) vous a-t-il soutenu dans vos projets ou vos déplacements à l'étranger ?
J’ai conservé des amitiés du collège et du lycée qui comptent encore aujourd’hui dans ma vie. Elles m’ont aidées, de manière directe ou indirecte, à différents moments de mon parcours personnel et professionnel. Il n’est d’ailleurs pas rare que, lorsque je découvre un nouveau pays, j’y retrouve un ancien camarade de classe. Je crois que les personnes qui ont vécu une expérience internationale durant leur enfance, souvent à travers le parcours de leurs parents, gardent ensuite ce désir de mobilité. Moi-même, cela fait maintenant six ans que je vis en Espagne avec ma femme et notre fille de huit ans. Je vois chez elle naître cette même curiosité, ce goût pour les lieux que l’on découvre, habite puis quitte. Le regard que l’on porte sur les choses change lorsque l’on sait qu’elles ne sont pas immuables. Peut-être apprécie-t-on davantage les endroits, les rencontres et les moments lorsque l’on a conscience qu’ils peuvent être temporaires.
Quel est le souvenir le plus marquant ou l'activité extra-scolaire qui vous a fait dire : « Je suis fier d'avoir étudié ici » ?
Je crois que cela relève davantage d’une sensation que d’un souvenir précis : j’ai eu conscience de la chance d’être entouré de ces personnes, et que les moments que nous vivions ensemble, presque sans en mesurer l’importance sur l’instant, étaient déjà des instants de bonheur dont nous nous souviendrions plus tard. Ce sont les êtres qui façonnent les plus beaux souvenirs — par leur diversité, leur singularité, leur manière unique d’être au monde.
Si vous aviez face à vous des parents qui hésitent encore, quel message leur adresseriez-vous sur l'impact à long terme de ce cursus pour leur enfant ?
Je leur dirais que le niveau des lycées français à l’étranger est généralement très bon, et qu’il y a beaucoup de richesse dans le fait de déménager et de changer de cadre de vie, aussi bien pour les parents que pour les enfants. Grandir dans un environnement international permet aux enfants d’être très tôt confrontés à d’autres cultures, d’autres habitudes et d’autres façons de voir le monde. Cette diversité nourrit leur curiosité et leur capacité d’adaptation.