Interview de Luis Ernesto Martinez Garcia
Publié le 27/05/2026
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Ancien élève du lycée français de San Salvador, Luis Ernesto Martinez Garcia a poursuivi ses études à Sciences Po Paris, en passant par le campus latino-américain de Poitiers, avant de rejoindre le monde du conseil à Paris. Il revient sur ce que le réseau AEFE lui a apporté, de la continuité scolaire à l’esprit critique.
Quels bénéfices vous a apporté cette éducation multiculturelle et comment vous a-t-elle aidé dans votre carrière ou votre vie quotidienne ?
Je dirais que le lycée français de San Salvador m’a apporté au moins trois choses très concrètes que je mesure encore aujourd'hui. D’abord, il m’a beaucoup aidé pour mon arrivée en France. Quand on vient de San Salvador pour faire ses études supérieures, on pouvait s'attendre à un choc culturel, social, pratique. Ça n'a pas été du tout mon cas. Ensuite, la bourse France Excellence Major (FEM) de l’AEFE a rendu Sciences Po Paris possible pour moi. Sans cette bourse, je ne serais probablement pas là où je suis aujourd'hui. Enfin, l’ouverture et la méthode qu’on nous enseigne au lycée m’accompagnent encore aujourd’hui. Et cette ouverture ne s'arrête pas à la pensée : le lycée français cultive très tôt l'ouverture aux langues, par exemple. Je parle aujourd'hui quatre langues (espagnol, le français, l'anglais et le portugais) et j'ai l'ambition d'apprendre l'arabe. Cette disposition, cette envie d'aller vers l'autre par la langue, elle vient de là aussi.
Si vous deviez choisir un projet ou une méthode de travail apprise au lycée qui vous a permis de surmonter vos plus grands défis à l'université ou en entreprise, ce serait lequel ?
J'ai fait une année d'échange en Espagne dans une école de commerce qui adopte le modèle anglo-saxon. La dissertation disparaît totalement. La dissertation y disparaît totalement. Et c'est là que j'ai réalisé à quel point elle m'avait formé. Ce qui est puissant dans cet exercice, c'est qu'il t'apprend à ne pas te contenter de la première réponse qui vient. C'est une méthode que j'utilise encore aujourd'hui. Tu dois identifier les tensions, considérer les contre-arguments, construire une position qui résiste à la contradiction. C'est une forme d'entraînement à l'esprit critique qui est très exigeant et assez rare. On ne le retrouve nulle part ailleurs. On n’apprend pas à avoir raison, on apprend à penser. Sciences Po m'a permis de perfectionner cet exercice, mais la graine vient du lycée français. Aujourd’hui je l’utilise encore dans le monde professionnel lorsque je dois préparer des notes ou des analyses.
On n’apprend pas à avoir raison, on apprend à penser.
On dit souvent que la communauté des lycées français est une grande famille. Comment ce réseau (amis, profs, anciens) vous a-t-il soutenu dans vos projets ou vos déplacements à l'étranger ?
J’ai été très soutenu par des anciens du lycée qui venaient témoigner pendant ma scolarité et par plusieurs professeurs qui m’ont accompagné pour ma lettre de motivation et mes démarches. Je me souviens aussi d’une professeure de français qui m’a contacté pendant la crise sanitaire pour aider un autre élève à préparer sa candidature à Sciences Po. Ce geste dit beaucoup : le lien ne s'arrête pas au bac. J'ai aussi beaucoup bougé en France (Poitiers, Strasbourg, Lille, Paris), et à chaque ville, je croisais des anciens du réseau. Le monde rétrécit très vite : on rencontre des gens qui ont étudié avec des gens qu'on connaît déjà. Deux anciennes élèves du lycée français de San Salvador, parties bien avant moi, je les ai retrouvées des années plus tard — l'une à Sciences Po, l'autre chez Eurogroup. Sans l'avoir planifié. Avec le temps, j’ai vraiment compris ce que veut dire “grande famille” : on croise toujours quelqu’un du réseau, et cela aide énormément à ne pas se sentir seul.
Quel est le souvenir le plus marquant ou l'activité extra-scolaire qui vous a fait dire : « Je suis fier d'avoir étudié ici » ?
Je garde un souvenir très fort des Olympiades organisées avec les lycées de la région. Il y avait les lycées français du Salvador, du Guatemala, du Honduras et du Nicaragua. C'est une compétition entre établissements avec tout ce que ça implique de fierté. Ce dont je me souviens le plus, ce n'est pas le classement, c'est ce qui s'est passé après quelques jours de compétition. Une vraie proximité s'est créée entre des élèves venus de pays différents, mais partageant la même culture scolaire, comme si la compétition n'avait été qu'un prétexte. Je me souviens aussi d’événements AEFE où l’on retrouvait des camarades de partout, avec cette même impression d’appartenir à une communauté très vaste.
Si vous aviez face à vous des parents qui hésitent encore, quel message leur adresseriez-vous sur l'impact à long terme de ce cursus pour leur enfant ?
Je leur dirais que ce que donne le réseau, ce n’est pas seulement un accès à une éducation de très haute qualité. C’est aussi une formation de l’esprit critique et une intégration progressive dans une culture qui peut paraître lointaine au départ, mais qui devient familière parce qu’on y a été préparé pas à pas. Beaucoup de parents craignent que leur enfant se retrouve seul à l'autre bout du monde. Ce n'est pas ce qui m'est arrivé. Aujourd’hui encore, je sais que je peux m’appuyer sur mes professeurs et sur le réseau, et c’est extrêmement précieux. À chaque fois que je rencontre un étranger de mon âge en France, je sais que je peux toujours jouer de cette carte, le lycée français, créer une proximité immédiate, une reconnaissance mutuelle et ce indépendamment de l'origine.