Interview de Nicolas Vadot
Publié le 18/05/2026
Lecture : 5 minutes
Franco-britannique, Nicolas Vadot, dessinateur de presse de renom et ancien élève du lycée français de Bruxelles, revient sur son parcours et l’apport d’une scolarité dans un contexte multiculturel, entre ouverture au monde, force de travail et dépassement de soi.
Quels bénéfices vous a apporté cette éducation multiculturelle et comment vous a-t-elle aidé dans votre carrière ou votre vie quotidienne ?
Le fait de ne jamais croire que «ma » réalité est forcément « la » réalité. Père français, mère anglaise, épouse australienne et vie professionnelle en Belgique. Mes enfants sont tout ça à la fois. Cette approche « internationale » a toujours fait ma spécificité en tant que dessinateur de presse, un métier où les gens viennent en général du terroir local (ce qui n’est pas un défaut !). Je suis un « anywhere » dans un métier peuplé de « somewhere », mais je dois aussi veiller à rester au fait de l’actualité et de la société locales. La tête dans les étoiles, mais les pieds sur Terre. Une règle de base du journalisme est que pour pouvoir raconter ce qui se passe à l’autre bout du monde, on doit être capable de décrire ce qui se déroule au coin de la rue.
Si vous deviez choisir un projet ou une méthode de travail apprise au lycée qui vous a permis de surmonter vos plus grands défis dans vos études supérieures et/ou dans votre vie professionnelle, quel serait-il ?
N’ayant fait qu’un an au lycée français de Bruxelles (la terminale, quand même !), c’est difficile à dire, mais ce qui m’avait frappé à l’époque, venant de France, c’est le côté « village global » : les gens commençaient une phrase en italien, la poursuivaient en anglais puis en espagnol ou en arabe et la terminaient en français. Moi qui n’étais « que » bilingue (français-anglais), j’étais très impressionné. Je venais de la région parisienne, où le côté « vieille France » m’étouffait - déjà - ! Mes enfants y ont fait toute leur scolarité (terminé il y a un an pour l’une, dans un an pour l’autre), cet apport est inestimable, en termes de culture générale, d’ouverture au monde, de force de travail et de dépassement de soi.
Une expérience dans un lycée français est plus que jamais bénéfique pour s’ouvrir à l’altérité et à la complexité du monde.
On dit souvent que la communauté des lycées français est une grande famille. Comment ce réseau (amis, profs, anciens) vous a-t-il soutenu dans vos projets ou vos déplacements à l'étranger ?
Pour le coup, très peu, car j’ai fait ma carrière dans la presse belge, et si l’on peut émettre une critique vis-à-vis des Lycées français (en tout cas de celui que je connais), c’est leur mentalité un peu coloniale de l’entre-soi, en particulier à Bruxelles, ville pourtant multiculturelle par excellence, où l’on parle français (mais pas que…) et qui est très proche de la France : les Français fréquentant le Lycée se contrefichent en général de ce qui se passe en Belgique et c’est bien malheureux. C’était le cas quand j’y étais élève fin des années 1980 et ça l’est toujours aujourd’hui. Les Français débarquent en Belgique souvent par obligation ou opportunité, pas par choix. Il y a également le complexe du « grand » pays par rapport à un plus petit, dans lequel on parle aussi français, avec tout le passif historique, de Napoléon à Coluche, qui fait que la Belgique est tenue pour quantité un peu négligeable, d’autant plus que son fonctionnement politique est très compliqué à comprendre pour les non-initiés. Ceci étant, j’ai donné une conférence il y a quelques mois via une amie qui vit en Belgique et qui était avec moi au lycée français Jean Monnet : elle est franco-algérienne, son père était un haut diplomate et nous avons eu énormément de discussions passionnantes sur la géopolitique.
Quel est le souvenir le plus marquant ou l'activité extra-scolaire qui vous a fait dire : « Je suis fier d'avoir étudié ici » ?
C’est plus par rapport à mes enfants, qui y ont effectué la majeure partie de leur cursus et s’y sont fait des amis pour la vie. Ma fille a passé son bac à l’école franco-australienne de Canberra (Narrabundah College), après avoir fait toute sa scolarité au lycée français Jean-Monnet (LFJM) de Bruxelles : elle s’est rendu compte tout là-bas qu’elle était bien plus ouverte sur le monde que la plupart de ses congénères australiens.
Quant à mon fils, qui est toujours au LFJM, rien que de le voir parler anglais tout le temps avec ses copains, tout en citant du Shakespeare à la volée, après avoir débattu avec moi (en français) et avec sa mère (en anglais) de la situation au Proche-Orient, de la montée de l’extrême droite ainsi que des derniers résultats d’Arsenal (dont il est fan), tout cela me fait dire qu’il n’aurait probablement jamais eu cette ouverture en restant dans le système belge ou dans un lycée en France.
Si vous aviez face à vous des parents qui hésitent encore, quel message leur adresseriez-vous sur l'impact à long terme de ce cursus pour leur enfant ?
Dans un monde où les murs se reforment, où le multiculturalisme a désormais mauvaise presse, mais où le changement climatique et l’avènement d’une IA qui questionne la notion même d’humanité rendent la coopération internationale plus importante que jamais, afin de (re)définir ce qui nous rapproche tous en tant qu’êtres humains, de Paris à Sydney, de Buenos Aires à Pékin et de Washington à Téhéran, une expérience dans un Lycée français est plus que jamais bénéfique pour s’ouvrir à l’altérité et à la complexité du monde, MAIS en gardant à l’esprit qu’un Lycée français est implanté dans un pays, quel qu’il soit, auquel il est important de s’intéresser, en évitant de verser dans le syndrome de l’expatrié cloîtré dans sa communauté.