Interview de Carlos Gerhard


Publié le 13/05/2026

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Fils de parents catalan et suisse, Carlos Gerhard a suivi toute sa scolarité au lycée français de Mexico. Architecte international ayant travaillé sur tous les continents, il met en avant l’esprit critique et l’ouverture au monde hérités du réseau AEFE, qui a accompagné sa famille sur trois générations.

Quels bénéfices vous a apporté cette éducation multiculturelle et comment vous a-t-elle aidé dans votre carrière ou votre vie quotidienne ?

Le fait de connaître des personnes dans le monde entier m’a donné l’envie et la motivation de voyager, de découvrir d’autres pays, sans jamais imaginer que je vivrais moi-même un jour à l’étranger. Au fil des années, j’ai pris conscience que ma scolarité m’avait donné une très grande ouverture d’esprit. Le lycée était laïque, mais j’avais des camarades de toutes les religions, et cela n’avait aucune importance dans nos amitiés. Cette ouverture d’esprit m’a beaucoup aidé dans mon parcours professionnel : être respectueux des différences culturelles, comprendre les valeurs propres à chaque pays et s’y intéresser. L’architecture est un métier très humaniste, 100 % contextuel. 
Le catalan et l’espagnol sont mes langues maternelles. J’ai appris le français et l’anglais au lycée. On parlait en espagnol dans la cour de récréation et catalan à la maison. L’influence culturelle américaine au Mexique m’a aidé à progresser en anglais et je n’ai pas eu de difficultés à suivre un Master en anglais. Depuis que je suis arrivé en Asie, je travaille uniquement en anglais. Parfois, je me réveille la nuit et je me rends compte que j’étais en train de rêver en anglais !

Si vous deviez choisir un projet ou une méthode de travail apprise au lycée qui vous a permis de surmonter vos plus grands défis à l'université ou en entreprise, ce serait lequel ?

Le lycée m'a beaucoup aidé à analyser les problèmes, à trouver des arguments, à distinguer entre ce qui est important et ce qui l’est moins pour pouvoir prendre des décisions. L’esprit critique : être capable de raisonner, de décortiquer des problèmes et de proposer différentes solutions avec rigueur et discipline. L’exercice de la dissertation nous apprend à structurer notre pensée. Dans mon métier, j’ai très vite appliqué, par osmose, cette méthode de résolution de problèmes, y compris mathématiques. 
Au fil de ma carrière, j’ai travaillé avec des personnes du monde entier, et je n’ai jamais rencontré autant de capacités de pensée critique que chez les anciens élèves d’écoles françaises. La formation française, contrairement à l’approche britannique qui est très pragmatique, t’apprend à penser pour arriver au fond des problèmes et explorer différentes solutions. 

Sans même m’en rendre compte, j’ai acquis des bases très solides qui m’ont beaucoup aidé par la suite.

Carlos Gerhard, ancien élève du lycée français de Mexico

On dit souvent que la communauté des lycées français est une grande famille. Comment ce réseau (amis, profs, anciens) vous a-t-il soutenu dans vos projets ou vos déplacements à l'étranger ?

J’ai rencontré mes meilleurs amis au Lycée. Aujourd’hui, ils vivent aux quatre coins du monde, mais nous sommes restés très proches : lorsqu’on se revoit, on se rappelle de tout ce qu’on a vécu ensemble, dans la cour de récréation, en classe, lors de voyages organisés par le lycée… On était tous très différents, y compris d’un point de vue social et économique, mais on était tous pareils au Lycée. 

Quel est le souvenir le plus marquant ou l'activité extra-scolaire qui vous a fait dire : « Je suis fier d'avoir étudié ici » ?

Au lycée, j’ai eu la chance de pratiquer le rugby avec des professeurs très investis. J’étais le capitaine d’équipe. Le rugby a été très important dans ma vie : il m’a appris à travailler en équipe, à me concentrer, à être discipliné et à assumer la responsabilité de représenter un collectif. Dans toutes les villes où j’ai vécu, j’ai toujours joué au rugby : cela m’a permis de m’intégrer et de rencontrer des personnes qui partagent les mêmes valeurs que moi. La pratique du rugby s’est structurée pendant ces années-là au Mexique. Depuis trente ans, tous les présidents de la fédération mexicaine de rugby sont d’anciens élèves du lycée.

Si vous aviez face à vous des parents qui hésitent encore, quel message leur adresseriez-vous sur l'impact à long terme de ce cursus pour leur enfant ?

Le seul système d’éducation qui permettait de changer facilement de pays était le système français. J’ai eu des amis venus du monde entier. J’aimais beaucoup découvrir les nouveaux élèves qui arrivaient chaque année.
Mes enfants, mes neveux et mes nièces, ainsi que les enfants de mes amis, ont tous été scolarisés dans le réseau AEFE ! Ils parlent les mêmes quatre langues que moi. Depuis petits, le lycée les a aidés à comprendre la diversité, à être ouverts d’esprit et à s’adapter. Le réseau des établissements français de l’AEFE a permis à notre famille de vivre partout dans le monde sans rupture dans leur scolarité. Ma femme, qui a fait une partie de sa scolarité au lycée français du Mexique, a même enseigné l’espagnol au lycée français de Singapour.