Interview de Juan Coloma
Publié le 10/06/2026
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De nationalité espagnole et ancien élève du lycée français de Madrid, Juan Coloma est aujourd’hui directeur général d’Industrias Lácteas Asturianas. Il occupe également les fonctions de vice-président de la fondation Reny Picot. À ce titre, il a offert le concert du Forum mondial des alumni 2026, organisé au lycée français de Madrid. Il partage son regard sur les apports d’une scolarité multiculturelle au sein du réseau AEFE.
Quels bénéfices vous a apporté cette éducation multiculturelle et comment vous a-t-elle aidé dans votre carrière ou votre vie quotidienne ?
Permettez-moi de commencer par un « hors sujet », sans craindre de perdre des points, en affirmant que le lycée français de Madrid a été et demeure pour moi une seconde, voire une première maison. Une maison très chère, où j’ai appris à lire, à penser (parfois mieux, parfois avec moins de justesse) et où j’ai rencontré ceux qui restent aujourd’hui encore mes meilleurs amis. Au-delà de ces « bénéfices intimes », son éducation invite, avec la spontanéité propre à l’enfance, à vivre avec des personnes d’origines et de cultures très différentes, dans le respect et la générosité. Ce respect sincère envers celui qui est différent nous aide, dans la vie, à comprendre la pensée ou le désir de « l’autre », même lorsqu’ils ne coïncident pas nécessairement avec les nôtres.
Si vous deviez choisir un projet ou une méthode de travail apprise au lycée qui vous a permis de surmonter vos plus grands défis dans vos études ou professionnellement, ce serait lequel ?
La grande leçon que j’ai apprise durant ma formation au lycée français de Madrid fut « la méthode de l’analyse équanime, pondérée, raisonnée, sans préjugés ni viscéralité », qui nous obligeait à aborder les questions posées sous la forme d’une thèse suivie de son antithèse. Ce jugement équilibré exige une vision d’ensemble, même s’il est souvent plus tentant d’être quelque peu « capricieux » dans le raisonnement.
On dit souvent que la communauté des lycées français est une grande famille. Comment ce réseau (amis, profs, anciens) vous a-t-il soutenu dans vos projets ou vos déplacements à l'étranger ?
Je ne vois pas de meilleure manière de désigner la communauté des lycées : une grande famille. C’est ainsi que nous la vivons, la comprenons et la cultivons, pour la plupart d’entre nous qui avons été formés dans chacun des lycées français du réseau international. À plus d’une occasion, j’ai vu des problèmes ou des conflits difficiles à résoudre se dénouer immédiatement lorsque l’on découvrait que l’interlocuteur était lui aussi un ancien élève.
L’éducation dans un lycée français invite, avec la spontanéité propre à l’enfance, à vivre avec des personnes d’origines et de cultures très différentes, dans le respect et la générosité.
Quel est le souvenir le plus marquant ou l'activité extra-scolaire qui vous a fait dire : « Je suis fier d'avoir étudié ici » ?
Sans aucun doute, mes cours de piano et de musique avec Madame Toledano, ainsi que le fait d’avoir fait partie de sa chorale, comptent parmi mes souvenirs les plus précieux. Femme évocatrice des moments les plus heureux du Lycée ; mère de 10 000 élèves, dont l’héritage est aujourd’hui porté par notre chère Adriana Tanus qui, avec son ineffable sens de l’amour et de l’effort, l’élève à la catégorie de l’excellence et de la plus haute noblesse.
Si vous aviez face à vous des parents qui hésitent encore, quel message leur adresseriez-vous sur l'impact à long terme de ce cursus pour leur enfant ?
Je leur dirais que, s’ils aiment leurs enfants, ils ne doivent pas hésiter, si les circonstances le permettent, à choisir l’enseignement de nos lycées pour leur formation.Je leur dirais aussi que, même si cela peut leur sembler représenter un effort économique, ce serait d’une part le meilleur investissement qu’ils puissent faire pour l’avenir de leurs enfants, et que, d’autre part, ils doivent être conscients de l’effort « désintéressé » que le gouvernement français accomplit chaque année en subventionnant avec une immense générosité une part significative de la formation d’élèves qui, dans la plupart des cas, ne travailleront pas à l’avenir pour des entreprises ou des institutions françaises. Dans le cas de ma famille, ma grand-tante a été à l’origine de notre parcours de formation au lycée français de Madrid ; une confiance renouvelée et cultivée par la suite par notre père, ma sœur, moi-même ainsi que par mes deux neveux… La confiance de quatre générations : comme le dit le proverbe espagnol, « algo tendrá el agua cuando la bendicen ».